1. Difficultés de majusculisation des adjectifs de nationalité chez les apprenants de FLE en milieu anglophone

Francis Apasu

PhD Candidate, French

Abstract / Résumé

This article aims at analyzing the sources of difficulty in capitalization of adjectives of nationality in L2 French students’ essay in English speaking environment. The data was collected on 38 second year L2 French students at Somanya College of Education (Ghana).  In order to achieve our objectives, participants mistakes were classified into four groups and were analyzed with descriptive statistics. In this analysis, it was evident that, most of the answers (adjectives) started with capital letters as used in English language. Therefore, it can be inferred from this result that the decision of participants to capitalize these adjectives of nationality have been influenced by the rules governing capitalization in English language.

Cet article vise à analyser les sources de difficultés de majusculisation des adjectifs de nationalité, connus sous le nom de gentilés, dans la production écrite des apprenants de Français Langue Étrangère en milieu anglophone. Les données qui nous servi d’analyse ont été collectées sur 38 étudiants de deuxième année au Collège Normal des Enseignants de Somanya (Ghana). Afin d'atteindre nos objectifs, les erreurs des participants ont été classées en quatre groupes et analysées avec la statistique descriptive. Dans cette analyse, il était évident que la plupart des réponses (gentilés) fournies ont commencé par des lettres majuscules comme cela se fait en anglais. Par conséquent, il se déduit de ce résultat que la décision des participants d’écrire les gentilés en majuscule a été influencée par les règles gouvernant les lettres majuscules en anglais.

Keywords / Mots clés

L2 French learners; Adjectives of nationality, Capital letters, Linguistic interference  

Apprenants de FLE, Gentilés, Majuscule, Interférence linguistique  

Full Text

Contexte de l’étude

           

      La notion de ponctuation remonte au troisième et au deuxième siècle avant Jésus-Christ dans la grande bibliothèque d’Alexandrie. Cependant, la nouvelle forme des signes de ponctuation, telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a débuté qu’avec l’invention de l’imprimerie. Quant à la majuscule, il faudrait encore attendre un siècle pour son introduction dans le système d’écriture de l’imprimerie[1]. Cette majuscule, selon le dictionnaire Larousse : « se dit d’une forme particulière et de plus grande taille que les autres lettres, qui s’emploie au début d’un mot, soit pour signaler qu’il s’agit d’un nom propre, soit pour marquer le début d’une phrase ou d’un vers ». D’après Riegel et al (2004, p. 89), « Les majuscules sont seulement des lettres initiales plus grandes qui s’opposent aux minuscules en début de mots ». Cette majuscule apparaît dans la syntaxe de la majorité des langues. Cependant, son rôle diversifie suivant les codes d’une langue à l’autre. C’est ainsi qu’on observe plus de lettres majuscules en allemand qu’en français. Toujours est-il que son emploi est régi par des règles grammaticales dans chaque langue. Il faut toutefois rappeler que les lettres majuscules diffèrent   des lettres capitales. Dans la phrase suivante : Les habitants des Etats-Unis d’Amérique sont des Américains. Les lettres « L, E, A » sont des majuscules et les lettres restantes sont des minuscules. Tandis que dans le syntagme suivant : VIVE LA FRANCE, toutes les lettres sont des capitales. Les lettres capitales ne sont pas régies par la syntaxe française : elles sont utilisées suivant le goût des rédacteurs. On les trouve souvent dans les publicités et dans les titres des annonces.  

           

      Dans la syntaxe française, la majuscule sert à désambiguïser le sens des mots. Son emploi fait établir une relation plus étroite entre l’unité linguistique et son concept ou sa fonction dans une structure syntaxique puisqu’elle supprime toute équivoque dans l’identification des parties de discours. En ce sens, le mot « francs » dans trois francs et trois Francs n’ont pas la même interprétation. Dans le premier cas, cela renvoie à une unité monétaire utilisée d'abord en France puis par plusieurs autres pays tandis que le deuxième fait référence aux peuples germaniques, habitants du Royaume Franc. C’est dans ces perspectives que Riegel et al (2004, p. 90) attribuent à la majuscule un rôle démarcatif et distinctif. En d’autres termes, la majuscule sert à délimiter une phrase et à mettre en relief la catégorie grammaticale d’un mot et à montrer s’il s’agit d’un nom propre ou d’un nom commun. De ce fait, cette étude va identifier, relever et expliquer les sources probantes des erreurs commises dans la production écrite des apprenants de FLE en vue de les aider à les surmonter.

           

      Nombreux sont ceux qui ont travaillé dans le domaine de la ponctuation mais négligent plus ou moins la majuscule. De ce fait, les gens ont tendance à dévier des normes des règles de la typologie française. C’est dans ce prisme de pensée que Collier (1973, p. 116) estime que :

Il s’est glissé dans la langue écrite une conception tout à fait fausse de la majuscule : on n’en fait plus une marque essentiellement caractéristique des noms propres, mais une sorte de signe de dignité. On considère ainsi, plus ou moins inconsciemment que la majuscule doit ‘décorer’ les mots, soit pour en rehausser le prestige, soit pour accorder la typographie la valeur du contenu nominal. 

      Ceux qui ont touché à ce domaine de l’emploi des majuscules comme Catach (1980), l’ont fait sous le titre de la ponctuation d’où elle consacre une place minime pour la majuscule dans les noms propres. Nous pouvons également citer le travail d’Eskenazi (1991) sur les lettres majuscules, mais sa recherche portait plutôt sur la désignation des noms des dirigeants et des lieux importants dans Esther et Athalie[2]. Dourmon (1995), de son côté, a exploré l’emploi des majuscules en détails dans les titres d’ouvrage mais n’a pas touché aux adjectifs de nationalité. Ces adjectifs de nationalités ne sont traités que dans certains livres de grammaires comme Grammaire méthodique (2004), Grammaire française (2004) ou Grevisse (1993).

Objectifs de l’étude

           

      S’il nous nous semble fructueux de reprendre cette notion d’emploi des majuscules, c’est que nous voulons étudier les difficultés de son emploi dans une situation d’apprentissage de la langue française tout en nous focalisant uniquement sur son emploi dans les adjectifs de nationalité appelés « les gentilés » d’où nous allons jeter un regard analytique sur l’emploi des majuscules dans la production écrite des apprenants de FLE.

           

      L’hypothèse que l’on peut avancer dans cette recherche est que la source des difficultés des apprenants provient de l’interférence de l’anglais sur le français, car les noms propres et leurs dérivés en anglais sont écrits avec une majuscule. En nous penchant sur ce problème de majusculisation des gentilés des apprenants de FLE en milieu anglophone et plus précisément dans la production écrite des apprenants de l’Ecole Normale Supérieure de Somanya au Ghana, notre objectif principal est d’identifier les sources des erreurs des apprenants concernés afin de proposer des stratégies de remédiation.

           

      Pour atteindre nos objectifs, nous allons d’abord présenter un bref historique des lettres majuscules. Puis, nous allons mettre en relief l’emploi syntaxique des gentilés. Enfin, nous allons relever, classifier et analyser les données de base e l’étude, et proposer des stratégies de remédiation.

Cadre théorique et conceptuel

Définitions

      Avant de pencher sur les règles syntaxiques de majusculisation des gentilés, il convient de préciser le sens du mot gentilés. Selon Le Dictionnaire de l’Académie française en ligne, le mot « gentilés » fait référence « aux noms des habitants par rapport à leur pays » et le Dictionnaire Internaute en ligne ajoute que « Le terme gentilé est utilisé en démographie pour désigner les habitants d'une région géographique, quelle que soit sa taille, et est représenté par le nom qui est donné à ces habitants ». De ce fait, les adjectifs dérivés des pays, des villes, des régions etc. font partie intégrante du domaine de définition du mot gentilé.

 

Majusculisation des gentilés

 

      Les règles d’emploi des lettres majuscules dans les adjectifs de nationalité dépendent de la fonction du mot c’est-à-dire sa place syntaxique.

     

      Emploi de l’adjectif de nationalité comme un nominal (nom)

 

Lorsqu’on emploie les adjectifs de nationalité comme un nominal, il s’écrit avec une majuscule. Ex : Les Français vont élire leur président le mois prochain. Ex2 : Honoré de Balzac est un Français. Dans les deux exemples, le « F » du mot « français » est en majuscule parce qu’il fonctionne comme un nominal.  On distingue dans cette catégorie le gentilé nominal sujet et le gentilé nominal attribut. Dans le cas du nominal sujet, le gentilé fonctionne comme un groupe nominal sujet. Ex : Les Brésiliens jouent bien au football. Quant au nominal attribut, il fonctionne comme un nom attribut. Ex : Mes amis sont des Brésiliens. Dans les deux cas, ils doivent être en majuscule parce qu’ils sont des adjectifs dérivés des noms propres. Même quand ils sont à l’intérieur ou à la fin de la phrase, ils doivent être commencé avec une majuscule. 

      Emploi de l’adjectif de nationalité comme un adjectif absolu

Lorsque l’adjectif de nationalité fonctionne comme un adjectif attribut[3] ou épithète[4], il s’écrit avec une lettre minuscule. Ex1 : Le président porte un boubou ghanéen.  Ex2 : Je suis ivoirien. Les lettres « g » et « i » sont écrites en minuscule parce que les mots « ghanéen » et « ivoirien » fonctionnent comme des adjectifs qualificatifs. Notons que sur le plan paradigmatique, d’autres adjectifs qualificatifs peuvent occuper la même fonction. On peut remplacer « ghanéen » dans l’exemple 1 par « propre » d’où on aura la phrase : Le président porte un boubou propre. Le mot « propre » s’analyse ici comme un adjectif qui qualifie le mot « boubou ». Comme le mot « propre » est un adjectif à cause de sa place syntaxique, le mot « ghanéen » qui occupe la même place aura sans doute la même fonction. 

      L’emploi de l’adjectif de nationalité comme une langue ou une ethnicité

Lorsque l’adjectif de nationalité désigne une langue, il s’écrit avec une lettre minuscule sauf en début de phrase. Ex : je parle français et anglais. Le mot « français » et « anglais » désignent respectivement des langues maternelles appartenant à la France et la Grande Bretagne. Cependant les couleurs représentant des peuples ou des races s’écrivent en majuscule Ex : Les Noirs sont originaire d’Afrique. Le mot « Noirs » ici fait référence aux peuples noirs.

           

      On pourra synthétiser les règles d’emploi des adjectifs de nationalité comme suit : 

Les noms de peuples, d’habitants prennent une majuscule. On écrira donc : les Celtes, les Étrusques, les Français, les Méridionaux. Il a épousé une Parisienne, une Berbère. Les Blancs, les Noirs, les Juifs (en tant que peuple). En revanche, on ne mettra pas de majuscule pour les adeptes d’une religion, d’une doctrine, les membres d’un parti, etc. : les chrétiens, les musulmans, les juifs, les bonapartistes, les communistes, etc.  (Le Dictionnaire de l’Académie française 8e édition)

Données de base

           

      Les données qui nous ont servi de cadre d’analyse proviennent de la production écrite des apprenants de l’Ecole Normale Supérieure de Somanya au Ghana, laquelle a été réalisée dans le cadre de mon stage professionnel de septembre en décembre 2013.  Cette production écrite était au départ un exercice de maison dans une classe de deuxième année et avait pour consigne : « écrivez un texte dans lequel vous parlerez de votre identité, vos goûts (alimentaires et vestimentaires) et vos loisirs ».  La classe avait un effectif de 38 apprenants composés de 17 filles et de 21 garçons. Ils pourraient se situer dans la tranche de 20 – 25 ans. Pendant la correction, nous avons observé des erreurs mais la majorité de ces erreurs provenaient de la non-maitrise de l’emploi des adjectifs de nationalité. De ce fait, nous avons jugé très utile de relever les phrases dans lesquelles ils ont employé les adjectifs de nationalité en vue de discuter cela avec eux lors de la remise des copies en classe. Certaines phrases repérées sont : je suis *Ghanéen ; j’aime manger la pâte comme tous les Ghanéens ; ma mère veut que je porte des habits *Africains etc. Au préalable, ces phrases relevées n’étaient pas destinées à des fins d’analyse linguistique. Si nous voulons analyser ces erreurs aujourd’hui, c’est parce que nous voulons identifier leurs sources et proposer une stratégie pour y remédier. La méthode d’analyse de cette étude s’inscrit dans l’analyse des erreurs[5] qui consiste à relever les différentes formes des erreurs commises dans l’exercice de maison afin d’examiner la relation qu’elles entretiennent avec la structure syntaxique des majuscules dans la langue d’instruction de l’école (anglais). Bien que les données aient été collectées sur un seul exercice de maison dans une classe, nous avons supposé que le travail d’une classe à un moment donné pourrait refléter les habitudes langagières de l’école.

Analyse des données 

     

      Sur les 38 copies, nous avons pu relever au moins une phrase contenant les adjectifs de nationalité sur chaque copie ; le nombre total de phrases repérées était 96.  Nous avons remarqué que le nombre de phrases se diffère d’un apprenant à l’autre. Cependant, les phrases employées peuvent être regroupées en quatre groupes dans le tableau ci-après suivant la fonction des adjectifs de nationalité. 

Table 2 : Analyse des données

Légende:  No = numéro : c’est un numéro cardinal attribué aux lignes dans le tableau ;  F.M = Fonction du mot : c’est le rôle syntaxique que le mot joue dans la phrase ; NPJ = Nombre de phrases justes ; % = Pourcentage ;    NPF = Nombre de phrases fausses ;   N = Nombre de réponses produites; N.S = Nominal sujet : C’est un gentilé qui fonctionne comme le sujet d’une phrase  ; N.A = c’est un gentilé qui fonctionne comme un nom attribut dans une phrase  ; A.E = Adjectif épithète : c’est un gentilé qui fonctionne comme un adjectif épithète dans une phrase ; A.A = Adjectif absolu : c’est un gentilé qui fonctionne comme un adjectif qualificatif

      Un regard croisé porté sur le tableau de répartition montre que dans la première catégorie : « Nominal Sujet », sur les 28 phrases employées, 25 réponses sont justes, soit 26.04% des phrases employées. Les réponses fausses ne sont que 3 (représentant 3.13%) du nombre total de phrases employées. Ce qui implique que les apprenants n’ont pas de difficultés quand il s’agit des adjectifs de nationalités sujets.  Quant à ce qui concerne la deuxième catégorie : « Nominal Attribut », il en résulte que les réponses justes sont 15 fois supérieures aux réponses fausses. Cet éclatant succès révèle que les apprenants ont plus maîtrisé cet emploi. Ce faisant, nous pouvons provisoirement conclure que les apprenants sont familiers avec l’emploi des adjectifs de nationalité quand ils fonctionnent comme un groupe nominal sujet.

           

      La troisième catégorie de réponses dans le tableau compte 3 réponses justes (représentant 3.12%) de l’emploi total tandis que les réponses erronées sont 28 phrases, soit 29,17% de l’emploi total. Il est évident que les apprenants n’ont pas du tout maîtrisé l’emploi des adjectifs de nationalité comme adjectif attribut du sujet c’est-à-dire, ils ne savent pas que la lettre « g » ne doit pas être écrite avec majuscule. Seulement, 3 phrases (représentant 3.12%) de l’emploi total ont été écrite justes.

           

      Les résultats de la dernière catégorie dans le tableau : « Adjectif Epithète » sont aussi catastrophiques que la catégorie précédente. Sur les 21 phrases, il n’y a que 3 phrases (représentant 3.12%) de l’emploi total qui sont justes. Les 18 phrases restantes (représentant 18.75%) sont erronées. Le taux d’échec dans cette partie est alarmant et on se demande les raisons de cet échec massif.

           

      Un regard critique sur 96 phrases employées, nous fait remarquer que 86 adjectifs de nationalité, soit 89.58% ont été écrits avec des « g » majuscules et les 10 adjectifs restants sont débutés avec un « g » minuscule. Cette observation nous amène à postuler que les apprenants se sont servis d’une connaissance antérieure pour écrire. Puisque la langue d’instruction demeure l’anglais, vérifions les règles d’écriture des adjectifs de nationalité en anglais !

           

      Il est évident qu’en anglais les adjectifs de nationalité et leurs dérivés sont écrits en majuscules quelle que soit leur place syntaxique à moins qu’ils aient perdu leur rigidité de nom propre ; cela arrive dans la mesure où ils sont employés comme des noms communs (Strauss, 2014, p. 50), (Hodges, 1999, p. 253) & (Shaw, 1963, p. 54).  Ex1: My mother is a Canadian. Ex2 : My father is holding a Ghanaian flag. Bien que les deux adjectifs n’aient pas la même place syntaxique – Canadian est un adjectif absolu tandis que Ghanaian est un adjectif épithète – ils sont tous écrits avec des lettres majuscules puisque les gentilés commencent dans la majorité des cas en anglais avec des lettres majuscules indépendamment de leur place syntaxique. C’est exactement ce que les réponses produites par les participants dans le tableau reflètent. L’analyse révèle que les réponses (les gentilés) produites sont majoritairement écrites avec des lettres majuscules. Lorsqu’on considère la somme des réponses justes (N.S : 25 ; N.A : 15 ) et des réponses fausses (A.E : 18; A.A. : 28) qui commencent avec une lettre majuscule dans le tableau, on remarque que sur les 96 réponses relevées, il y a 86 qui commencent avec une lettre majuscule alors que les réponses (les gentilés) commençant par une lettre minuscule ne sont que 10. En nous basant sur les résultats de cette analyse, il est évident que les apprenants ont fait le transfert de leur connaissance grammaticale de la langue d’instruction (anglais) en français. De ce point de vue nous pouvons confirmer notre hypothèse que la source de leurs difficultés d’emploi des adjectifs de nationalité est l’interférence linguistique de l’anglais sur le français.

Quelques stratégies pour corriger l’interférence linguistique

           

      Si nous convenons avec Makouta-Mboukou (1973, p. 17) qu’: « Il est nécessaire qu’à chaque moment de la vie d’une entreprise l’on fasse le point, le bilan des gains et des pertes ; que l’on examine le chemin parcouru pour voir les obstacles rencontrés et les solutions qui ont été envisagées pour améliorer le rendement de l’entreprise », nous pouvons suggérer des stratégies qui pourront améliorer le rendement des apprenants c’est -à- dire trouver des remédiations aux problèmes d’interférence linguistique auxquels les futurs enseignants sont confrontés. Cette stratégie va se situer sur deux axes : l’axe des apprenants et celui des enseignants.

           

      Dans le processus d’apprentissage d’une nouvelle langue, l’apprenant doit être d’abord conscient que la structure de la langue cible n’est pas la même que celle de la langue source. Conséquemment, il doit être psychologiquement préparé à faire des recherches personnelles afin de découvrir la différence entre la structure morphosyntaxique de sa langue maternelle et celle de la seconde langue. Surtout, s’il s’agit d’un niveau intermédiaire – B1/B2 du Cadre Européen Commun de Référence - comme les apprenants de notre corpus. Il est également recommandé aux apprenants de langues de collaborer dans leurs recherches. C’est sous cet angle de vision que Kramsch (1991, p. 96) suggère la coopération dans l’acquisition d’une nouvelle langue : « Vous allez mener une conversation naturelle. Aidez-vous les uns les autres quand vous ne connaissez pas un mot, trouver une autre manière de dire ce que vous voulez dire ». Cela implique que les apprenants apprennent mieux entre eux, car cela se fait comme des jeux informels et non un cours formel de l’enseignant.

    

      L’enseignant pour sa part, à la responsabilité lourde de connaitre ses apprenants. Connaitre ses apprenants dans ce sens ne se limite pas seulement à la connaissance du nom d’état civil de l’apprenant mais, à connaitre ses capacités, ses savoir-faire et ses savoir-être. On note souvent que les enseignants se basent sur des CSA (Connaissances Supposées Acquises pour préparer leurs leçons). Pourquoi supposées ? Pourquoi pas problèmes diagnostiqués ? L’enseignant pourrait toutefois faire un test de diagnostique pour découvrir le problème réel de ses apprenants. Une fois ces problèmes révélés, il pourra développer une stratégie qui prendra en compte les besoins langagiers des apprenants. L’enseignant pourra donc guider les apprenants à découvrir les règles qui contrôlent la syntaxe d’une unité linguistique donnée, à travers des exercices à trous et des activités ludiques. Dans ce cas, il s’avère indispensable que l’enseignant fasse recours au travail de groupe à cause de l’atmosphère déconcentrée qui y règne. Au cours de ces exercices, l’enseignant pourra circuler dans la classe pour corriger au fur et à mesure les problèmes qui surgissent. Dans notre cas d’étude, il serait nécessaire de proposer des activités incluant des structures problématiques.

Conclusion

      Somme toute, nous avons fait la typologie syntaxique des gentilés tout en les regroupant dans trois (3) catégories : les nominaux, les qualificatifs (attributs et épithètes) et les noms de langues. Notre analyse a montré que les apprenants ont plus maîtrisé l’emploi des gentilés nominaux dans les phrases. Cependant, le pourcentage de phrases fausses au niveau des qualificatifs et des langues nous convainc qu’ils éprouvent d’énormes difficultés quand il s’agit de l’emploi des majuscules dans les gentilés autres que les nominaux. Nous avons aussi remarqué que les réponses fausses ne sont pas l’effet du hasard, mais suivent les règles de la grammaire de la langue anglaise. Cela confirme que le défis provient du transfert de connaissances de la langue source (l’anglais) vers la langue cible (le français). Cette interférence linguistique s’explique par le fait que tous les gentilés sont écrits avec les lettres majuscules en anglais. Ce problème conduit parfois non seulement à des erreurs grammaticales mais aussi à des ambiguïtés dans la compréhension écrite et l’analyse de discours, lesquelles nécessitent une remédiation. 

 

      Il serait nécessaire que l’apprenant soit conscient du processus de l’apprentissage de la langue seconde tout en faisant un effort pour faire des recherches individuelles ou en groupes pour identifier les « faux amis » dans la langue seconde. Il faudrait que les enseignants fassent savoir aux apprenants que les règles de la grammaire anglaise sont parfois différentes de celles du français. Il conviendra également aux enseignants de faire découvrir les nouvelles règles aux apprenants à travers les activités ludiques pour que ces derniers ne les oublient pas. Ce faisant, nous pensons que nous pouvons minimiser cette interférence linguistique chez nos futurs enseignants et dans les classes de langues secondes en général. 

Bibliographie

Catach, N. (1980). La ponctuation. Langue française, (45), 16-27.

 

Collier, R. (1973). Brève note sur l'emploi des majuscules. La Gazette des archives, (81), 115-117.

 

Corder, P. (1967). The significance of learner's errors. IRAL: International Review of Applied      Linguistics in Language Teaching, 5(4), 161-170.

 

Dournon, J-Y. (1995). Marques du dialogue. Emploi des majuscules dans les titres. Langue          française, (108), 86-96.

 

Eskenazi, A. (1991). A propos de la majuscule dans Esther et Athalie. Linx, hors-série(3), 115-    139.

 

Grevisse, M. (1993). Le bon usage. Paris : Duculot.

 

Hodges, J. et al. (2003). Harbrace Handbook for Canadian. Toronto: Harcourt.

 

Kramsch, C. (1991). Interaction et discours dans la classe de langue. Paris : Didier.

 

Riegel, M., Pellat, J-C. & Rioul, R. (2004). Grammaire méthodique du français. Paris : Presses    universitaires de France.

 

Shaw, H. (1963). Punctuate It Right. New York: Barnes & Noble Books.

 

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Tamine-Gardes, J. (1985). Introduction à la syntaxe (suite): L’adjectif. L’Information       Grammaticale, (27), 42-45.

 

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« Council of Europe Language Policy Portal ». Accédé        www.coe.int/t/dg4/linguistic/CADRE_FR.asp.

Footnotes

[1] Voir L’écriture : « Histoire de l'écriture en France ». Imago Mundi, Encyclopédie gratuite en ligne. Web. Le 31 juillet, 2017. http://www.cosmovisions.com/textEcriture02.htm

[2] Voir Eskenazi, André. « A propos de la majuscule dans Esther et Athalie ». In: Linx, hors-série n°3, 1991. pp. 115-139

[3] Un adjectif attribut est adjectif qualificatif qui se trouve dans le groupe verbal. Il est toujours précédé par un verbe d’état (être, rester, devenir, sembler, demeurer, paraître, etc.)

[4] Un adjectif épithète est un adjectif qualificatif qui se place dans le groupe nominal et se rapporte directement au nom. Il s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte.  

[5] Introduite dans la littérature par P. Coder (1967), L’analyse des erreurs est une méthode d’analyse linguistique qui permet d’identifier, relever et étudier les formes d’erreurs que les apprenant d’une langue seconde commettent pendant leur apprentissage d’une langue seconde.   Elle se focalise souvent sur les points de difficultés les plus évidents.